Building Thinking Classrooms – Semaine #1

Comme je le craignais, je n’arrive pas du tout à publier régulièrement. Par contre, je réussis à prendre des notes semaine après semaine, c’est juste que je n’ai pas le temps de les mettre en forme pour publication. Donc même si je publie beaucoup plus tard, le contenu correspond bien à mes pensées du moment, et non à un lointain souvenir 😉️

Les classes

Cette année, j’ai 4 classes, que je vais identifier comme ceci:

  • 5Q: un programme de 5ème TQ1 4h/semaine, que je vois 2 x 100 min par semaine.
  • 5P1, 5P2 et 5P3: 3 classes de 5P2 (2h/sem), que je vois chacune 1 x 100 min par semaine.

Les pratiques implémentées

J’ai décidé de commencer l’année en implémentant directement les pratiques suivantes3:

  • donner des tâches qui font réfléchir (#1),
  • former fréquemment des groupes aléatoires (#2),
  • utiliser des surfaces verticales non permanentes (#3),
  • donner les tâches rapidement, debout et oralement (#6),

tout en faisant particulièrement attention à

  • ne répondre qu’aux questions qui prolongent leur réflexion (#5).

Les 3 premières pratiques sont le trio de base. J’ai choisi les autres parce que j’avais déjà de l’expérience avec 🤞

Donner des tâches qui font réfléchir (#1)

Les 3 à 5 premiers cours doivent être consacrés à des tâches non-curriculaires attrayantes, qui donnent envie d’être résolues. J’ai d’abord choisi le problème des quatre 4 pour ma classe 5P1, même si j’avais un peu peur que cette tâche fasse trop math-école. Mais j’avais été encouragé après avoir lu que c’était une tâche très sécurisante, et très facile d’accès, donc idéale pour débuter. De plus, je me disais que ça pourrait faire ressortir des soucis avec la priorité des opérations (et pour ça, ça a bien fonctionné 😁).

Bon, je n’ai pas été convaincu 😒 Je trouve qu’ils n’ont pas bien accroché: ils avaient du mal à penser à des calculs faisant intervenir autre chose que des \(+\) et des \(-\), et ils n’ont pas tenu longtemps avec.

Du coup, avec mes autres classes, j’ai plutôt utilisé le problème du collecteur d’impôts, qui est proposé dans le chapitre 6 du livre de Liljedahl, avec un bel exemple de consigne dialoguée. L’énoncé est aussi disponible en anglais ici (il s’agit du problème Tax man).

Elle n’a pas été facile à faire passer avec la classe 5P2, j’ai beaucoup dû réexpliquer. Par contre, ça a plutôt bien roulé en 5P3. J’ai même un groupe qui est allé jusque 24 enveloppes, alors que moi-même je n’avais pas eu le courage d’aller au-delà de 18 😂 Aucun problème non plus en 5Q, ils ont vite accroché 👍

Comme 2ème tâche, j’ai choisi celle-ci4:

8 adultes et 2 enfants veulent atteindre la rive opposée d’une rivière. Ils peuvent utiliser une barque, mais celle-ci a une capacité limitée. Elle peut transporter

  • soit 1 adulte seul,
  • soit 1 enfant seul,
  • soit 2 enfants.

Combien de trajets simples seront-ils nécessaires pour faire traverser tout le monde?

Ce que j’adore avec cette tâche, c’est qu’elle parait impossible à première vue. Tout le monde a envie de faire traverser un adulte et un enfant ensemble, mais on ne peut pas! Du coup, les élèves passent toujours par un moment de « Eurêka! », c’est super gai 😊

De plus, elle ne fait pas math-école, elle permet de travailler un aspect des maths important (comment anticiper le résultat d’une séquence répétée encore et encore, sans prendre la peine de la répéter une à une), et elle se prête bien à l’algébrisation (c’est une des nombreuses extensions possibles).

Celle-là est vraiment bien passée 😁

Former fréquemment des groupes aléatoires (#2)

J’ai pris l’option du jeu de cartes présentée dans le livre, c’est tellement facile!

Concrètement, je compte le nombre d’élèves, et je compose le jeu en fonction de ça. Par exemple avec 16 élèves, je vais faire 4 groupes de 3 et 2 groupes de 2, donc j’aurai 3 as, 3 rois, 3 dames, 3 valets, 2 dix et 2 neufs. Je mélange, et je fais piocher après avoir donné la consigne. Chaque surface verticale est libellée avec la valeur d’une carte, pour que les élèves sachent où aller travailler.

Je change à chaque problème, ce qui fait donc à peu près toutes les 40-50 min.

Utiliser des surfaces verticales non permanentes (#3)

C’est un point qui m’a posé beaucoup de souci car non seulement je ne dispose pas d’un local avec plein de tableaux, mais en plus je dois changer de local à chaque cours, ce qui me fait 5 locaux différents 😅 Donc je devais trouver une solution transportable.

Il y a 2 ans, lors de mes quelques essais, j’avais découpé un rouleau de papier à plastifier en feuilles de 80 cm de long (pour 55 cm de large). Et je les accrochais avec du papier collant. Ça fonctionnait pas mal, mais j’avais peur qu’elles deviennent trop sales à l’usage. De plus, le manque de rigidité pouvait poser problème sur certains murs et le papier collant ne tenait pas, je devais le changer souvent.

Par contre, elles étaient hyper pratique à transporter: j’avais acheté un tube en plastique pour les y ranger (ce qu’utilisent les artistes et architectes pour leurs grandes feuilles à dessin) 😎

Finalement, j’ai déniché des grands cartons de 50x80 cm et 1 mm d’épaisseur dans un magasin de matériel artistique, que j’ai ensuite plastifiés. Je les ai accrochés avec du patafix. J’ai complété par les feuilles d’il y a 2 ans, et par les fenêtres.

Je ne suis pas super convaincu par les cartons car en plastifiant, j’ai introduit une jointure au milieu qui commence déjà à poser problème 🙁 À voir comment ça évolue…

Et le patafix, on peut oublier: sur certains murs, il ne s’enlevait pas, et de toute façon, j’ai eu du mal à le recoller. Du coup, je suis vite passé au gros scotch (de ce style-là).

Donner les tâches rapidement, debout et oralement (#6)

À peine entrés en classe, je les comptais, préparais mon jeu de cartes, et je les invitais tout de suite à venir près de moi pour lancer la tâche. J’ai fait de mon mieux pour présenter les problèmes de manière dialoguée, mais j’ai sans doute été trop vite parfois, notamment en 5P2 pour la tâche des impôts, car trop d’élèves n’ont pas compris ce qui était attendu.

J’ai fait la partie plus administrative du 1er cours après le 1er problème, ainsi qu’une brève prise de connaissance. Ensuite, j’ai relancé avec le 2ème problème. Très content de cette formule 😀 Par contre, ce n’était pas toujours facile de tenir les 100 min comme ça, j’ai souvent fini 5-10 min trop tôt, car je voyais bien qu’ils commençaient à perdre leur énergie 🥱

Vers les autres pratiques

J’ai vite ressenti le besoin d’avoir un moment de consolidation (pratique #10) pour faire le point après les tâches. Lorsque je l’ai fait, j’ai souvent attiré l’attention sur un point précis du problème, plutôt que de tout parcourir.

J’ai tenté de faire des « visites de galerie » (gallery walk), c’est-à-dire de passer d’une surface à l’autre pour discuter de certaines parties du travail de chaque groupe, mais pour faire ça, il faut idéalement intervenir pendant que les groupes travaillent en encadrant des parties intéressantes sur leur surface, qu’on leur demande alors de ne pas effacer. J’ai eu vraiment du mal à anticiper ça. Ça s’annonce être un sacré travail 😄

J’ai aussi ressenti à certains moments le besoin de mobiliser les connaissances des groupes (pratique #8), c’est-à-dire, essentiellement les diriger les uns vers les autres pour répondre à leurs questions, car je me suis senti dépassé à certains moments. Mais c’est aussi un sacré réflexe à acquérir, qui prendra du temps 😉

Bénéfice inattendu

Le fait de passer intensivement de groupe en groupe m’a permis de déjà beaucoup entrer en contact avec les élèves. J’en profitais pour leur demander et redemander leurs prénoms à chaque fois et au bout du compte, je les connaissais déjà presque tous à la fin du 1er cours, ce qui est assez exceptionnel, même pour quelqu’un comme moi qui suis d’habitude assez rapide à les apprendre.

Bref, je suis sorti très enthousiaste de cette 1ère semaine! 😁 À bientôt pour la 2ème! 🚀

Je ne retrouve plus la source de la photo-bannière. Si c’est votre photo, contactez-moi!


  1. Technique de Qualification↩︎

  2. Professionnel↩︎

  3. Voir l’introduction. pour une explication des pratiques↩︎

  4. Source: Fostering Algebraic Thinking de Mark Driscoll.↩︎